Vers en vrac

Amour, te souviens-tu de ce bel estuaire éblouissant de nacre à l'heure du reflux, lorsque sous le couchant une onde passagère glissait entre les rocs sombres et chevelus ? Sais-tu que dans ce havre enchâssé par la dune où nous allions flâner par les longs soir d'été, n'obéissant qu'aux lois du cycle de la lune, deux vers mènent leur vie en toute liberté ? Enfoui sous le sable, un jeune arénicole au cœur de Roméo souffre du mal d'amour : il chérit comme un fou la gravette...
Odes, rondeaux, pantoums ou poèmes sans forme précise, mais respectueux des règles de la poésie classique.
Il s’est accroché au pinceau, quand son pote enleva l’échelle, et s’est vêtu de tourterelle, de pivert luisant, cool et beau. Il n’y a merle ni moineau qu’en son pommier ne toureffelle. Il s’est accroché au pinceau quand son pote enleva l’échelle. Corneilles, grives et corbeaux, boostés au baume d’hirondelle, vivement se sont fait la belle. Quant au peintre au pif en poireau, il s’est accroché au pinceau.
Quand on érige un doigt d’honneur, faut-il annuler l’annulaire, offrir du fromage au majeur, oriculer l’auriculaire ? Faut-il annuler l’annulaire, envoyer l’index à l’index, oriculer l’auriculaire ou l’endimancher de latex ? Envoyer l’index à l’index afin qu’il nous laisse tranquille ou l’endimancher de latex ainsi que font les hippophiles. Afin qu’il nous laisse tranquille, qu’on puisse compter sur ses doigts ainsi que font les hippophiles, les Zoulous et les...
Tout un chacun se dit poète et la ramène à l'apéro dès lors qu'il a sur sa tablette la poésie deux point zéro. Il suffit d'avoir la machine et de cliquer sur le machin pour sortir un faux Lamartine et faire bisquer son prochain. Ça marche aussi pour les vers libres : en appuyant sur le bouton, si l’on choisit le bon calibre, on peut signer un faux Breton. Qu'on verlibrise ou qu'on rimaille, qu'on soit minus ou maestro, amis, louons cette trouvaille : la poésie deux point zéro.
Au bord de l’onde un peuplier n’en pouvait plus de solitude. Sans la moindre mansuétude, le vent l’avait un peu plié. Pour adoucir son mal à l’âme, le propriétaire du pré y planta trois joyeux cyprès comme autant de soyeux dictames. Mais les cyprès étaient si près du peuplier que leurs racines s’échangèrent quelques toxines. Ainsi périrent les cyprès. Le moral du malheureux tremble en fut gravement saccagé Comme il est déjà très âgé, pour ce bon peuplier, je...
Pour concocter des coquecigrues en vers qui ne soient pas trop laids, assurez-vous six coqs, six grues, brûlez un cierge à Rabelais. Laissez faire les volatiles. Ils vous trousseront des quatrains ahurissants. Dans tous les styles, classiques ou contemporains. Lorsque vous ferez la cueillette pour faire un montage « maison », ne vous torturez pas la tête : rimer, c'est perdre la raison. Pour parachever cette œuvrette sur une note olé-olé, louez des joueurs de cabrette, de guimbarde et...
Au cabaret « Le Tour du monde », sous le ciel gris d'Ushuaïa, on sert de la wallonne blonde, des nems et du jambalaya. Presque tous les soirs, un rhapsode au profil de mafioso, y slame insolemment une ode en globish de Valparaiso. Si d'aventure l'assistance lui réclame un nouvel opus, il sait se faire violence et récidive mordicus. Pour éviter la sinistrose, sur l'âpre « Tierra del Fuego », on vient ouïr le virtuose et tester le whisky-tango. Ça peut durer jusqu'à plus d'heure sous...
Le chien a laissé son étron en plein milieu du bac à sable. Sa puanteur est ineffable, pardon pour cet oxymoron. Luisant, boudinesque et marron, pour les semelles, redoutable, le chien a laissé son étron en plein milieu du bac à sable. Un galopin des environs, en justicier inébranlable, sur la maîtresse indécrottable, lança le bronze. Quel affront ! Le chien a laissé son étron.
Humble joyau du patrimoine roborative et folle avoine, friandise de l’étalon. Tu fus choisie par Aphrodite pour chasser la graisse maudite qui boursouflait son pantalon. Tous les matins au petit dèje que le soleil brille ou qu’il neige tu me dispenses tes faveurs. Avant de me mettre à l’ouvrage, de tes flocons, dans un laitage, j’aime les austères saveurs. Le soir venu, c’est en porridge, aussi classieux qu’à Cambridge, que tu viens me ravigoter. D’y penser, à l’ordi...

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