Éloge du plumeau

 

Contraint par ma formation d’exercer une profession cérébrale, je me ressource le soir venu en effectuant quelques tâches ménagères. Balayer, faire le lit, récurer les récipients, éplucher les légumes sont autant d’actes gratifiants qui me procurent la paix de l’âme et la sensation d’exister. Après avoir gaspillé mon temps de vie à sodomiser les diptères devant un écran d’ordinateur, c’est avec joie que je saisis le balai, la brosse ou l’économe. 

 

Mais si j’entretiens avec ces humbles ustensiles une relation de franche camaraderie, je vis une véritable histoire d’amour avec mon plumeau.

 

J’ai découvert l’existence de cet accessoire dans les « aventures de Tintin » qui sont, avec celles d’Astérix, le nec plus ultra de mes choix en matière littéraire. Juste avant les oeuvres de Gotlib et de Margerin.

 

Dans « Le secret de la licorne » apparait un nouveau personnage secondaire, l’impeccable Nestor. Majordome du chateau de Moulinsart, il se déplace souvent avec un plumeau.

 

J’ai craqué. Un peu sur le personnage, mais surtout sur son ustensile surrané.

 

Je n’ai eu de cesse de m’en procurer un exemplaire. Hélas, on n’en trouve pas sur les rayons des hypers. Ou alors des succédanés informes en plastoc authentique. Très peu pour moi. Il m’en fallait un vrai de vrai, avec un manche en bois d’arbre et un panache en plumes de nobles volatiles. Dans un magasin spécialisé de la capitale, après avoir hésité sur les faucilles colorées et franchouillardes du coq qui titillaient ma fibre citoyenne, j’ai opté pour les pennes somptueuses de l’autruche.

Empanaché de noir de blanc, mon nouvel outil à une classe folle. Il tient de l’éventail des princesses orientales et du chapeau de mousquetaire. Sous le charme, j’ai bien failli le jucher dans un soliflore pour lui offrir l’existence sereine d’un accessoire décoratif.

 

Mais c’était lui faire injure et le priver de sa vocation : cueillir et conserver la poussière. 

 

Vous avez bien lu. Le plumeau n’est pas qu’une simple balayette qui voudrait se hisser le col. Il ne se contente pas de pousser la poussière. Il l’attire et la retient. Ce phénomène un tantinet magique a pour origine les qualités électrostatiques des plumes. Et dans ce domaine, les pennes d’autruches sont les championnes indiscutées.

 

Les premiers jours je m’en suis donné à coeur joie. Mais bien vite il ne resta plus le moindre grain de poussière sur meubles et sur les bibelots. Avec mon petit plumeau, j’avais l’air de ce seul Brassens peut se permettre de nommer.

 

Heureusement, je me suis aperçu que mon téléviseur grand écran détenait aussi des pouvoirs électrostatiques. Ce qui me donne désormais l’occasion de mobilise mon plumeau tous les soirs. 

 

 

Et comme sa tâche est très vite acomplie, je le promène ici ou là, sur des meubles pourtant impeccables. Juste pour le fun.