Soizig 


Il fait un temps magnifique. Dès ma première remise à l'eau, j'ai tout oublié de ma déprime et de mes estafilades. Mon propulseur a retrouvé ses marques. Ma coque est comme neuve et je glisse avec volupté. 

Pourtant, je sens que Félix n’est pas tout à fait comme avant. S’il a toujours l'arrière-train solidement calé dans mon cockpit, sa tête est dans les nuages. Il lui arrive même de parler tout seul avec un air béat. 

Ce changement d’attitude n’a pas échappé à ses copains. Michel en a déduit qu’il subissait les séquelles psychologiques de l'accident. C’est comme ça qu’il cause Michel. 

En plus, il connait un remède infaillible. Il faut, selon lui, retourner pagayer sur les lieux. 

–Un peu comme les apprentis cavaliers qui doivent immédiatement remonter à cheval après en être tombé
– Sais-tu que tu as parfois de bonnes idées. On pourrait peut-être en profiter pour revoir les kayakistes du cru. Ils ont été sympas. 

– Certainement ! Et si les conditions sont les mêmes que l’autre fois, on pourra encore s’offrir une petite session de surf.
– Qu’en penses-tu Félix ? 

– Je n’ai rien contre l’idée d’y retourner, mais sans la houle et par petits coefficients.
– Dis donc Jeff, tu ne serais pas plutôt intéressé par la pagayeuse qui était là en spectatrice? 

– La petite nénette en rose ? Toi aussi, Jo, tu l’as remarquée ?
– Nous l’avons tous remarquée. Pas vrai Félix ?
– En effet, j’ai vaguement aperçu une pagayeuse répondant au signalement, lors de mon trop bref passage sur le plan d'eau. 

– Vaguement ? Décidément mon pauvre vieux, ton cas est plus grave qu’il n'y parait. Tu ne te rappelles même pas l'avoir revue au club lorsque tu es allé récupérer ton Razkayou? 

– Comment sais-tu çà?
– Je ne dévoile pas mes sources. 

 

Et Jeff se marre pendant que mon kayakiste fait la tronche.