Frère Emilien

 

 

C’est la fin du Carême au cloître Saint-Marcel.

Dans les genévriers la grive s’égosille.

Frère Émilien chemine au long de la charmille

et fredonne en latin, le nez dans son missel :

 

« Aestáte véspere, tramítibus íbo… »

(Le moine jardinier n’y comprend pas grand-chose

et pense que bientôt il faudra qu’il arrose)

« … dúlci, quem mádidum stríngens somniábo. » 

 

Il s’interrompt soudain. Sur une enluminure,

Ève n’est habillée que de sa chevelure.

Le saint homme, ravi, n’y voit pas Belzébuth.

 

Il ne peut se résoudre à refermer le livre.

Son asperge fleurit, son visage s’encuivre :

le Prince des Enfers vient d’atteindre son but !