Yffic

 

Yffic vit comme un roi dans une ancienne crèche 

qu’il a rafistolée pour en faire un logis.

Il jardine un chouïa pour éviter la dèche

et sur un coin de l’île élève deux brebis. 

 

À la grande marée il pêche la crevette

mais il aime surtout profiter du grand air. 

Comme souvent il plane on le prétend poète. 

Pourtant il n’a jamais écrit le moindre vers. 

 

En cet instant précis, il glande sur la dune. 

Le soleil disparaît cependant que la lune 

se hisse dans le ciel pour faire son boulot. 

 

Se la jouant Hamlet, Yffic brandit un crâne 

qu’il illumine avec une lampe-stylo.

La vie semble renaître aux tempes diaphanes. 

 

 

Lorsqu’à ses yeux pantois parurent les squelettes, 

le scrupuleux Yffic n’a pas su résister.

Sans intention mauvaise, en toute ingénuité,

il enfouit dans un sac la plus belle des têtes. 

 

Faut-il, ami lecteur, le culpabiliser ?

Qui, sous un coup de coeur, n’eut agi de la sorte, 

la  science gendarmesque, et c’est ce qui importe, 

ayant suffisamment d’os à analyser ? 

 

D’ailleurs ce bon Yffic en cet instant regrette : 

« Que n’ai-je pris les deux. Elles étaient si chouettes. » 

 

Certes. Mais à présent, que faire les amis 

de ce si joli chef ? Le garder ou le vendre ?

Le titre du journal : « Un squelette et demi ! » 

convainc le molénais qu'il est urgent d’attendre. 

 

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