Abigaëlle

 

Yffig rentre chez lui, légèrement pompette. 

Jusqu’à la fermeture, au bar de « l’Archipel », 

ils ont refait le monde enchanté des squelettes. 

Il se couche. Aussitôt retentit son diesel. 

 

Sous les derniers rayons d’un frais soleil d’Iroise, 

un vapeur irlandais embouque le Fromveur.
Une superbe rousse en long manteau framboise 

contemple du couchant les ultimes lueurs. 

 

La brise a décoiffé ses boucles à l’anglaise.
Elle a de grands yeux verts, une bouche à la fraise. 

Yffic se verrait bien y voler un baiser. 

 

Une brune lui parle, elle est presque aussi belle : 

« A lovely twilight, isn't it Abigaëlle ? »

Hélas, un con de coq vient de cocoriquer. 

 

 

Qui n’a jamais connu les affres de l’aurore : 

la cervelle en béton,
la vessie qui implore,
et la langue en carton ? 

 

Pour oublier ces maux, notre ami soliloque :
« Quel rêve saisissant !
Sur le pont, la gamine était d’une autre époque. 

Sans doute mil-neuf-cent. 

 

Comment s’appelait-elle... 

J’y suis : Abigaëlle !
Quel drôle de prénom. 

  

Et quel sacré canon !
Puisse-t-elle souvent venir hanter mon rêve.
Et qu'elle y reste encor lorsque le jour se lève ! »

 

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