À l'Archipel

 

« Les gonzes de Bannec, ben... c'était des gonzesses 

et, tenez-le pour dit, de première fraîcheur.
– Ça devient palpitant. Ceci dit, belle abbesse,
d’où tires-tu ce scoop ? – De mon ordinateur. 

 

Je viens de lire un twitt annonçant la nouvelle ! 

Les pauvrettes n’avaient que dix-neuf ou vingt ans. » 

 Au bar de l'Archipel, la mâle clientèle
se souvient, attendrie, des gracieux ossements. 

 

« Ton ordi nous dit-il s’il peut s’agir d’un crime ? 

– Non, mais si c’est le cas, il y a prescription. 

Croyez-moi les copains, ces belles anonymes
ont sans doute connu les tout premiers avions. 

 

– Les perdreaux s’embarquaient plutôt sur un naufrage.

– Un beau meurtre, ma foi, me plairait davantage. » 

 

 

«  Rien ne dit pour l’instant qu’il n’y ait pas eu crime. 

– Je vois bien l’assassin, matelot d’un vapeur, 

balançant ses victimes
dans les flots du Fromveur. 

 

– Imaginez les gars : en l’an mil-neuf-cent seize, 

un marin trucidant
deux jolies irlandaises
aux abords de Ouessant. 

 

– Par une nuit sans lune ! 

– Au pied du mât de hune ! 

– C’est un ancien forçat ! 

  

– Il lui faut un mobile.
– Mais le stupre, imbécile !
– Vous me faites rêver. Milo, remets nous ça. » 

 

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