Mon premier surf

 

Jeff et Jo se lancent dans le manège avec des cris de peaux- rouges. Michel, attend un peu de les voir évoluer avant de s'élancer à son tour. Félix hésite. C’était nettement plus musclé que ce que nous avons vécu jusqu’ici. Ça ressemble au bouillon de la Pointe du Raz. Un vrai parcours du combattant. Après avoir réfléchi, mon pagayeur estime judicieux de prolonger sa réflexion. Courageux, incontestablement, mais pas téméraire. 

– Salut ! C’est la première fois que tu viens pagayer dans le coin ? 

Eh! Patron! J'ai comme l'impression qu'on vous cause.
Mon kayakiste se retourne discrètement. Un peu derrière nous, une pagayeuse nous regarde avec un sourire malicieux. Son kayak est très moche. Mais elle ne l'est pas du tout. Mais alors, pas du tout. Félix ouvre la bouche avec un air idiot. La pagayeuse insiste. 

– Hein ? C’est la première fois ?
– Heu... oui.
– C’est un chouette spot pour le surf, j’aime bien regarder le spectacle, mais je n’ose pas y aller. Mon bateau n’est pas terrible et surtout je n’ai pas le niveau. Et toi ? 

La prudence et le simple souci de la vérité doivent normalement dicter la réponse de mon pagayeur. 

Par exemple: 

– J’ai certes un excellent kayak mais, moi non plus, je ne suis pas au niveau. Je regarde évoluer mes copains. 

Au mépris de toute logique, il s’entend dire : 

– Justement, j’y allais. 

Il profite d’une relative accalmie pour se glisser dans le secteur des semi-déferlantes. Puis pagaye très lentement vers la plage, presque à l'arrêt. Une superbe ondulation arrive du large. Un petit coup d’ascenseur sur la pointe arrière et tout de suite nous accélérons. À présent, Félix avait pris le coup. 

Ma dérive abaissée, il pagaye comme un fou pour rester sur la pente. Surgi du diable vauvert, soulevant une gerbe d'écume, un jeune pagayeur nous passe devant. 

  

– Faut partir de plus loin ! lança-t-il au passage avec un sourire carnassier. 

A quelques encablures, la pagayeuse de tout à l’heure fait mine d'applaudir. Bien sûr que nous allons partir de plus loin. On va voir ce qu’on va voir ! Nous sortons de la zone agitée pour revenir au pic, comme disent les surfeurs. Jamais nous ne sommes allés aussi vite. Mon kayakiste appuye de toute ses forces sur la pagaie pour rester le plus longtemps possible sur la pente. 

Nous sommes au cœur d’une meute de cinglés qui foncent comme si leur vie en dépendait. Je glisse sur ma seule moitié arrière. Le temps, lui aussi, semble suspendu. L’ivresse à l'état pur ! 

Et soudain il y a un énorme trou. 

Je me retrouve à la verticale. Il y a une clameur et quelques quolibets. Après je ne comprends pas trop ce qui se passe. Mon bipède hurle de douleur. Ma coque itou. Il y a un grand remue ménage. 

 

Puis Félix disparait dans une bagnole blanche qui joue du gyrophare et qui fait pimpon.