Où l'on retrouve ce cher Isidore

 

Les fées s’étaient penchées sur le berceau d’Isidore Mévout. Le jeune enseignant-chercheur avait réalisé un rêve qui jusqu’à présent ne relevait que du domaine de la fiction : voyager dans le temps.

 

Son premier périple, au 19ème siècle, lui permit de faire de la voile avec Jules Verne, son idole, et de visiter le Salon des impressionnistes. Accessoirement, de séduire une ancienne danseuse de French Cancan devenue veuve d’un riche industriel du Second Empire qui lui offrit le gîte et le couvert.

 

Il se fit néanmoins très peur lorsqu’il s’aperçut que la batterie du bloc informatique se déchargeait plus que de raison entre les périodes d’utilisation. Ce dysfonctionnement, en apparence mineur, pouvait compromettre son retour et le contraindre à vivre le reste de son âge dans une époque incertaine.

 

L’industrieux Isidore avait provisoirement résolu le problème grâce aux piles Leclanché qui avaient eu le bon goût d’être inventées six ou sept ans avant la panne. Mais s'il avait choisi de se rendre en plein Moyen-Âge pour y recueillir les états d’âme de Godefroy Amaury de Malefète, comte de Montmirail, d'Apremont et de Papincourt au lieu d’interviewer Jules Verne, il est fort probable qu’il y serait encore. 

 

Pour recharger cette fichue batterie, il lui fallait donc trouver un générateur d’électricité facile à mettre en oeuvre en toute époque et en tout lieu. Le meilleur candidat était sans coup férir la dynamo, inventée en 1868 par Zénobe Gramme (un prénom pareil, ça ne s’invente pas). Une version à manivelle existait déjà sur le marché. Notamment dans les catalogues de matériel pédagogique. Il lui suffirait d’un peu de jus de crâne pour transformer ce qui apparaissait comme un gadget en instrument fiable, efficace, ergonomique et de faible encombrement.

 

Il en fit deux, le plus puissant pour le bloc informatique et un second pour sa tablette et la caméra espion qu’il avait l’intention de dissimuler dans un accessoire vestimentaire. Comme sa nouvelle invention était au top, il déposa un brevet qu’il vendit un bon prix à un industriel de renom. Ce pactole lui permettrait de faire face aux frais qu’occasionnerait une invention dont il était fermement résolu à protéger le secret.

 

Isidore songeait aussi à une amélioration significative des performances du chronoscaphe. En l’état, il ne permettait pas de se rendre d’un lieu à un autre, ce qui limitait considérablement ses possibilités. Le jeune savant plancha longuement sur une éventuelle « seconde génération » qui ouvrirait cette possibilité. Mais, les réponses qu’il avait échafaudées créant plus de problèmes qu’elles n’en résolvaient, il reporta sine ses recherches.

 

 

En attendant, s’il voulait faire du tourisme, rien ne lui interdisait d’aller repérer des cryptes, des ruines ou des grottes dans les régions ou pays de son choix et d’y transporter son chronoscaphe, avant de partir naviguer dans les couloirs du temps.

 

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