A l'attaque !

Pas sûr. Car la divine aimait les beaux ruscoffs.

glabres et sémillants sous l'habit militaire.

Elle en pinçait surtout pour un certain sous-off,

au crâne éblouissant, au menton volontaire.

 

On se souvient ici que Nanard est barbu.

Si la barbe, souvent, signale le poète

– voyez Victor Hugo, Tristan Corbière, Ubu.

(Ubu, ce n'est pas sûr, mais la rime est parfaite) – 

elle apparaît parfois comme un lourd handicap.

 

Un mataf aguerri sait arrondir les caps.

 

L'ostrogoth se rasa sans le moindre état d'âme

Et par la même occase, il se tondit le chef,

s'enduisit de ''sent-bon'', se brossa les dents. Bref,

se la joua gandin pour séduire la dame.

 

 

 

Nul ne le reconnut au zinc du « Tovaritch ».

L'accorte Natacha s'enquit de sa commande.

En globich, il opta pour une bloody-bitch,

et vit dans l’œil atone une lueur gourmande.

 

«  Sailor ? demanda-t-elle en posant le cocktail.

– Yes. French. From Saint-Malo. I work in the cuisine. »  

In petto, il se dit :  « Et voilà le travail. »

Mais déjà trois russkoffs commandaient des bibines.

 

« Qu'ont-ils de plus que moi ? » se demanda Nanard,

cependant qu'au-dehors redoublait le blizzard.

 

La rouge bloody-bitch était un pur délice.

« Je vais, pour quelques jours délaisser la vodka,

le temps que du bastion l'armure s'affaiblisse.

 

Et pour mon crâne nu, me faut une chapka. »

 

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