Scène de crime

 

À Lampaul-Plouarzel, dans l'aube tristounette,

une lampe s’allume au-dessus du ''Sporting'',

dans le lointain ronronne une motocyclette,

un chat, sans se presser, traverse le parking.

 

L’airain tinte au clocher, le village s’éveille.

Devant le presbytère, un cabriolet noir,

une portière ouverte, intrigue deux corneilles

qui perchaient pour la nuit sur le vieil urinoir.

 

Un corps de femme gît auprès de la bagnole,

attisant le désir des safres corvidés.

Le plus hardi, déjà, becquette une guibolle.

L’autre vise la tête, il semble décidé.

 

Les cheveux de la dame ont un reflet de cuivre…

Patience lecteur, c’est une histoire à suivre.

 

 

Négligeant l’urinoir, un rude matelot,

près du mur de l’église a sorti sa guenille.

Il se marre tout seul et dirige son flot

prostatique et cruel droit sur une chenille.

 

Soulagé, le voici se pressant au troquet,

(à Lampaul-Plouarzel, il est si doux de vivre)

quand il découvre enfin la femme aux cheveux cuivre…

« Putain ! déplore-t-il, n’en croyant ses quinquets. »

 

Il se rue au “Sporting”, saisit le bigophone :

« Marcel, mets moi un blanc. Motus les gars, ça sonne !

– Gendarmerie écoute… – Ils sont là. J’ai du bol.

 

– Qui est au bout du fil ? – C’est moi, Le Goff Arséne,

ancien de la Royale et pêcheur à la traine,

je voudrais signaler un cadavre à Lampaul. »

 

 

Il se rêve en shérif ou en chasseur de prime

et brûle d’arrêter son premier assassin,

dans cette thébaïde, il espérait un crime :

l’adjudant-chef jubile et sonne le tocsin.

 

« Rangez les mots fléchés, éteignez la téloche

cessez de massacrer ce pauvre punching-ball,

coiffez votre képi, l’heure de gloire est proche,

à cheval les cow-boys et route sur Lampaul ! »

 

Sur les chapeaux de roue, le fourgon des pandores

a rejoint le parking . La rousse y gît encore.

 

Mais déjà des badauds se pressent sur les lieux.

Commères et glandeurs jasent à qui mieux mieux.

 

« Je connais cette poule, intervient un gros type,

qui tient à Recouvrance un bar à matelots.

On y va pour son rhum mais aussi pour ses pipes,

« Fanny de Laninon », c’est le nom du bistrot. »

 

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