Du bonheur sur demande

 

 Un artiste avait peint « Du bonheur sur demande »

en lettres chantournées sur un fond rose vif.

« La formule est heureuse et digne de Fernande,

souligna finement Bellec dit le shérif. »

 

Capitaine à trente ans, venant de la mondaine

(il avait commencé sa carrière à Paris)

ce flic de haut niveau, sans la moindre bedaine,

sur les mœurs des puissants avait beaucoup appris.

 

Dans le coquet F4 aux meubles de marquise,

ses gars avaient déjà commencé la perquise.

 

« Zyeutez ce mobilier, Madame avait du goût ! »

appréciait Kerdoncuff qui portait la moustache

afin de se donner ce petit air bravache

censé plaire aux julies et bluffer les voyous.

À l'instar d'un toutou, caniche ou malinois,

il prétendait flairer de loin la cocaïne.

« Mon petit doigt me dit que notre gourgandine

en a dissimulé dans ces vases chinois. 

 

– Il nous faudrait aussi consulter sa bécane.

– C'est un Imac. Fernande avait l'e-mail classieux.

Je vais incessamment pénétrer ses arcanes. »

prévint un spécialiste imberbe et lunetteux.

 

L’angélus de midi mit un terme à la fouille.

Ni drogue, ni secrets, les gars étaient bredouilles.

 

« Du moins dans son logis, la victime était clean.

Elle se contentait de monnayer ses charmes

et de bloody-mary pour apaiser son spleen.

Je vais voir où en sont nos copains les gendarmes. »

«  Sur le vieil urinoir, les rapaces corneilles…

Je n'en crois pas mes yeux ! Lisais-je du Nerval ?

Ce n’est pas si souvent qu’une plume pareille

s’applique à rédiger un vil procès-verbal.

 

Ils ont un vrai poète au sein de la brigade.

Qui peut titrer cette œuvre : Épouvante à Lampaul »

soliloque Bellec, devant sa limonade

(en service, jamais il ne buvait d’alcool).

 

« La caisse stationnait devant le presbytère...

Cet autre alexandrin lève un coin du mystère,

il me faut rechercher du côté du clergé. »

 

Dix minutes plus tard, il sonnait à la cure.

Le vicaire arborait la joviale figure

de ceux qui ont un jour découvert le point G.

 

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