Où tout s'éclaire

 

 « Vous savez pas les mecs ? Les flics m’ont contacté !

- Tu n’es pas seul. Tous les copains d’Adélaïde 

sont invités par la poulaille à témoigner.

- On est nombreux, car la meuf n’était pas timide.

- Les mecs, il va falloir sortir nos alibis.

- C’est facile pour moi car j’étais à Molène

- Et moi à Brest. - Moi à Quimper. - Moi à Paris !

- Et moi, j’étais en mer sur la côte Africaine.  

 

- Elle était en ménage avec Bruno Le Gall,

qu’elle aurait, parait-il, piqué à Laureline,

laquelle était fumasse et c’est assez normal.

- Et si son assassin était une assassine ?

 

En ce cas, il y a du monde au portillon :

Adélaïde a encorné tout le canton. »

 

« Le rapport du légiste est sur votre bureau.

- L’arme est originale.

Du moins pour un tueur qui n’est pas Jivaro.

- Insolite, mais redoutablement létale.

 

- Vous fûtes, Kerdoncuff, grand lecteur de Tintin.

Vous rappellez-vous « L’homme à l’oreille cassée » ?

Pour qui, discrètement, veut buter son prochain,

la fléchette au curare est une panacée.

 

- Je crois avait ouï qu’un des gars du restau

aurait tenu commerce à Macaraïbo ?

- Je le vois bien souffler dans une sarbacane

 pour, ni vu ni connu, piquer la pauvre enfant

et l’expédier au purgatoire en un instant.

  • - Ces Sud-amérindiens sont loin d’être des ânes. »

L’excellent Kerdoncuff a su tenir parole.

Au Café « Chez Lolotte » où il siffle un demi,

un gardien de la paix affranchit un ami :

 

« Sais-tu qu’on a coffré le sommelier du Môle ?

- Auriez-vous estimé qu’il sert du mauvais vin ?

- Non. Mais d’Adélaïde il était l’assassin.

 C’était le dernier ex de la blonde victime,

ça l’a rendu furax d’être ainsi fait cocu.

- Si chaque encornement se soldait par un crime,

les thanatopracteurs ne seraient pas déçus. 

 

- Le mec a trucidé l’infidèle au curare.

- Comme les Jivaros ? - Chez nous c’est un cas rare.

- Mais, il faut l’avouer, un procédé classieux.

- Enfin sont éclaircis ces fichus homicides.

- J’espère que là-haut, la pieuse Adélaïde

honore tous les Saints qui glandent dans les Cieux. »

 

The end